Les Réjouissances
---------La fin de la moisson et le battage réunissent tous ceux qui y ont participé, pour un bon repas.
---------Le maître de maison préside la table "son couteau bien régugé" à coté de son assiette.
---------Les autres hommes font de même. Il donne le signal du repas en prenant la miche de pain, sur laquelle il trace une croix avec son couteau, avant de la couper pour en donner un morceau à chacun. Puis il débouche quelques bouteilles de "vin gris" qui pétille, provenant de sa vigne. Ce vin remplace exceptionnellement la piquette ou la frênette consommées habituellement. Tout le monde trinque avant de "s’envoyer un p’iot coup de cinglant", même les femmes, qui font quelques grimaces pour la forme ! Elles attendent debout pour servir ; elles se mettront à table après.
---------Les enfants sont installés à une autre table, et sont invités à ne pas "niaiser ", gare à la "ronflée" s’ils ne sont pas sages !
---------C’est au cours de ces travaux agricoles que l’on distingue les ouvriers courageux (et surtout bien payés !) qui fauchent rapidement pour "du pain, du vin, du lard", alors que les autres fauchent lentement pour "du pain et de la caillotte ".
---------Sur la table, se succèdent les entrées, pâté de foie de porc, galiches aux œufs et aux "choyons", fricassée d’oie en cocotte, civet de lapin, accompagné de pommes au lard, de salades de saison, "calendos" bien coulants, ou fromages cendrés fabriqués à la maison, de même que le pain. Ensuite arrivent les "galiches" aux fruits, cerises, pommes, flancs aux pruneaux, biscuits de Savoie, brioches, le tout cuit la veille sous les braises, dans la cheminée, ou dans la chambre à four. Toutes les conserves, fruits et légumes sont faites à la maison, dans des bouteilles champenoises bien bouchées, et qui sont mises à stériliser dans une grande lessiveuse.
---------Ce grand repas se termine par un café à la chicorée, et une ’p’iote goutte" de derrière les fagots. Inutile de dire qu’après ces agapes, c’est l’heure de la "ronflette " dans le foin pour ces messieurs, et à la vaisselle pour ces dames. Les "tatouilleries" vont bon train, les plus méchantes ne manquent pas de "dégrimonner" sur les voisins qui sont absents. Lorsque tout le monde est parti, la maîtresse de maison et ses filles ou ses aides se jettent sur leur chaise en disant "Jsons moult odées".
La fête à Arrigny et le 14 juillet
---------Encore une bonne occasion de bien manger entre familles. Les volailles, les pâtés en croûte, la soupe en "beu", les petits pois du jardin, les tomates, accompagnées de gaufres, de crêpes, de frivoles, maintes chopines de vin gris, dont les bouchons pètent, puis le bal. Les portes sont décorées de fleurs en papier préparées par la jeunesse. On fait la retraite aux flambeaux ; le bal est ouvert sur la place, on danse dans la sciure, on inaugure sa nouvelle paire de "bamboches", la "soyotte ", la polka, la mazurka, la valse. On casse une petite croûte en rentrant chez soi, car le lendemain, c’est le traditionnel repas. Les filles invitent leur "bon ami" si les parents sont d’accord. On retourne au bal. Les jeunes gens se cachent pour se "biger", mais gare à celles qui attrapent "Quinte et quatorze et le point".
---------Le lendemain, on fait encore le "réchaud" de la fête, en mangeant les restes. Et puis, on retourne au travail en essayant de digérer, mais on aura dans son sac une "quanlée" d’histoires à raconter. Allez, "à la revoyotte" !